En 1984, dans l’émission Database diffusée sur Thames Television, une séquence montrait au grand public qu’il était déjà possible d’envoyer des messages électroniques depuis son salon. Bien avant le Web, les réseaux sociaux et les smartphones, ce qui est expliqué à l’écran n’a rien d’expérimental ou de conceptuel : il s’agit d’un usage concret, accessible et pensé pour des particuliers, reposant sur un micro-ordinateur, un modem et un service en ligne. À travers cette démonstration, on découvre que les bases de nos pratiques numériques modernes étaient déjà là, quarante ans plus tôt.

Une connexion domestique à portée de main
La première chose expliquée dans ce reportage concerne le principe même de la connexion. Le téléphone est relié au réseau via British Telecom, comme dans la majorité des foyers britanniques de l’époque. Pour établir une communication de données, il suffit de débrancher le combiné et de brancher un modem à la place.
Un second câble relie ensuite le modem à l’ordinateur. Une fois l’appareil allumé, l’ordinateur compose automatiquement le numéro du service distant et attend la réponse. Après la tonalité, l’utilisateur actionne un interrupteur sur le modem, raccroche le combiné, et la transmission de données commence.
Le service utilisé se nomme Prestel. Il s’agit d’un système vidéotex permettant d’accéder à des pages d’informations stockées sur des ordinateurs centraux. L’utilisateur navigue en saisissant des numéros de pages, un fonctionnement très différent du Web moderne mais déjà structuré.
À l’intérieur de Prestel existe un espace spécialisé appelé Micronet. Cette zone est pensée pour les utilisateurs de micro-ordinateurs et propose des contenus techniques, des actualités et des échanges communautaires. Micronet fonctionne comme un croisement entre magazine numérique, forum et centre de téléchargement.

Télécharger et envoyer des e-mails par téléphone
Une des possibilités mises en avant est le téléchargement de logiciels directement via la ligne téléphonique. L’utilisateur sélectionne un programme dans Micronet et lance son transfert vers l’ordinateur domestique. Certains logiciels sont gratuits, tandis que d’autres nécessitent un paiement.
Cette pratique supprime la nécessité de passer par un support physique. Plus besoin d’acheter systématiquement des cassettes ou des disquettes en magasin. Le principe de distribution dématérialisée, aujourd’hui omniprésent, est déjà en place.
Le cœur de la démonstration concerne la messagerie électronique, déjà appelée « e-mail ». Le principe est présenté comme très simple : on écrit un message, on l’envoie, et le destinataire le lira lors de sa prochaine connexion. Il ne s’agit pas d’une discussion en temps réel, mais d’un échange différé.
Un exemple concret est donné avec un message envoyé à un médecin pour demander un renouvellement d’ordonnance. Le médecin répond que la prescription est disponible chez le pharmacien. Cette situation illustre parfaitement l’intérêt pratique du système.
Une base solide de la culture numérique
Ce qui est expliqué en 1984 montre que les fondations de la communication numérique personnelle sont déjà posées. Messagerie, téléchargement, services en ligne et communautés existent déjà sous une forme fonctionnelle. Seule l’échelle a changé. Avec le recul, ces pratiques apparaissent comme les ancêtres directs de nos usages actuels. Elles témoignent d’une vision étonnamment juste de l’avenir. L’e-mail, présenté comme un outil pratique, allait devenir l’un des piliers de la vie numérique moderne.
