Hellblade: Senua’s Sacrifice avait rencontré son petit succès, abordant le thème délicat de la santé mental, comme l’avait réussi INDIKA, cette suite très attendue, sous la houlette de Microsoft, se veut plus ambitieuse. Entre démo technique et plaisir narratif, Senua’s Saga: Hellblade II divise les joueurs et la presse. Que vaut le nouveau de jeu de Ninja Theory ?

Senua's Saga Hellblade II

Hellbalde 2, c’est quoi ?

Senua’s Saga: Hellblade II est un jeu vidéo d’action-aventure développé par Ninja Theory et édité par Xbox Game Studios. Il s’agit de la suite de Hellblade: Senua’s Sacrifice, sorti en 2017. Ce nouvel opus est disponible sur Windows et Xbox Series depuis le 21 mai 2024. Dans ce nouveau chapitre, Senua, une guerrière celte atteinte de psychose, se lance dans un périlleux voyage à travers l’Islande viking. Obsédée par l’idée de sauver son âme du Hel, le royaume des morts, elle doit affronter ses démons intérieurs et les créatures monstrueuses de la mythologie nordique.

Le titre plonge le joueur dans une ambiance bien plus macabre que le premier volet. Une immersion encore plus profonde dans la psychose dont est atteinte Senua, l’héroïne de cette aventure. Soutenu par une bande son toujours aussi impressionnante, à base d’audio binaural, l’univers réussi à convaincre. La promesse était une claque nextgen et il faut bien avouer que, sur ce point, Senua’s Saga: Hellblade II répond largement aux attentes. On sent qu’un pas de plus a été franchi en termes de réalisme, notamment grâce à l’Unreal Engine qui fait toujours des merveilles. Artistiquement, le jeu est assez irréprochable.

Là où les attentes étaient les plus fortes, c’est surtout autour du gameplay qui, selon moi, n’était pas très palpitant, sinon redondant et quelque peu pénible. Certains diront qu’il s’agissait d’une manière de raconter l’histoire, afin de faire comprendre aux joueurs la souffrance et les frustrations de Senua, mais l’on parle d’un jeu vidéo. Hellblade: Senua’s Sacrifice proposait aussi des puzzles, certes originaux, mais plutôt répétitifs qui finissaient par lasser. Cette suite a-t-elle corrigé ces erreurs de jeunesse ?

Les paysages de Senua's Saga: Hellblade II sont maginfiques.

La claque technique est présente

Senua’s Saga: Hellblade II se distingue par sa narration immersive et sa représentation sensible de la psychose. Le jeu utilise des techniques de capture de mouvement et de son 3D binaural pour créer une expérience de jeu unique et intense. Propulsés par l’Unreal Engine, les décors sont sublimes. Que ce soit les lumières utilisées et les effets visuels, tout a été pensé pour la nextgen. Oui, ce nouvel épisode de Hellblade est bel et bien une claque technique, qui met la barre plus haut en termes de graphismes.

Dans un titre narratif, les émotions ont une importance capitale et ici, la technique de motion capture fait des merveilles. Les expressions faciales de Senua sont particulièrement impressionnantes, en partie grâce au jeu d’actrice de Melina Juergens qui avait déjà fait un travail remarquable sur le premier opus. Là aussi, on voit à l’écran les capacités de la nextgen. On est à des années-lumière de ce que propose un triple A comme Starfield, par exemple. Tout n’est pas encore parfait, mais on s’approche d’un réalisme assez saisissant.

Cette technique est réellement soutenue par la direction artistique qui met tout de suite dans l’ambiance. Encore une fois, les équipes de Ninja Theory ont su capter l’essence de l’univers de Senua’s Saga: Hellblade II. Pour ce qui est de l’immersion, on en a clairement pour son argent, d’autant plus que le jeu est disponible sur le Game Pass. De quoi inciter les plus curieux à s’essayer à cette expérience qui n’est pas autre chose qu’une « expérience ».

L'ambiance de Senua's Saga: Hellblade II est immersive.

Recyclage à tous les étages

Si Senua’s Saga: Hellblade II brille par sa technique et en fait un titre à découvrir, côté gameplay, ce n’est pas trop la joie. La difficulté du premier épisode avait rebuté les joueurs les plus casuals, ici, elle peut s’adapter au joueur, ce qui est plutôt une bonne chose, mais le principe reste plus ou moins le même. On a le sentiment que les combats sont des suites de QTE et une fois que l’on a compris la mécanique, c’est très répétitif. Toutefois, il faut souligner la qualité de la chorégraphie de ces combats qui enlève une certaine liberté, mais offre des images très cinématographiques.

Concrètement, cette suite n’apporte pas grand-chose de ce côté-là, si ce n’est des puzzles peut-être un peu moins ennuyeux, bien que pour ma part, ils ne m’ont pas transcendé. Basiquement, la formule est assez la même que Hellblade: Senua’s Sacrifice, on aurait aimé voir le jeu pousser les curseurs sur ce point aussi. Côté exploration, on se sent vite à l’étroit, il s’agit d’un jeu couloir, comme l’était le premier. C’est un choix compréhensible, mais les capacités de l’Unreal Engine aurait dû permettre aux développeurs d’aller plus loin. Microsoft n’a probablement pas souhaité allouer davantage de budget au studio qui a déjà passé de longues années sur Senua’s Saga: Hellblade II.

Passé l’émerveillement visuel, on se rend rapidement compte que nous sommes face à un walking simulator premium qui n’a pas d’autres ambitions que de nous en mettre plein la vue. C’est certes impressionnant et cinématographique, mais Senua’s Saga: Hellblade II a oublié qu’il était un jeu vidéo et là-dessus, c’est assez impardonnable. Surtout quand on sait que Microsoft qui chapeaute maintenant le studio avait largement de quoi proposer un triple A bien plus ambitieux. C’est un jeu « à Game Pass » auquel on jouera une fois, mais qui ne nous marquera assurément pas.

Les animations faciales dans Senua's Saga: Hellblade II sont exceptionnelles.

Trop intello pour les prolos ?

Côté narration, le premier opus avait réussi son pari en proposant aux joueurs une immersion dans la psychose. On retrouve cette ambiance avec ces voix binaurales qui nous guident tout le long de l’aventure. Toutefois, cette écriture « prétentieuse » (sans vouloir être péjoratif, mais je n’ai pas d’autre mot) tente de nous raconter des choses avec une poésie parfois complexe et des images souvent indéchiffrables. Comme je le dis souvent, s’il faut expliquer, c’est que c’est mal écrit. J’ai dû prendre le temps de lire quelques articles et de regarder quelques vidéos pour mieux cerner le message du jeu.

Attention, vous le savez, j’aime quand des efforts sont faits côté narration, mais ici, on a l’impression d’avoir affaire à une œuvre qui se veut trop littéraire et nous perd dans des métaphores anxiogènes. Possible que cela plaise à une franche de personnes qui aime se casser la tête, mais malheureusement, j’ai le sentiment d’être passé à côté du propos. Attention, j’ai compris ce que l’on voulait me dire, mais l’impression que cette œuvre cible une certaine intelligentsia a été assez déroutante pour ma part. Pourtant, je suis réellement client des narrations profondes, mais je reste avec le gout amer que ce titre en fait trop pour se donner « l’air intelligent ».

Pour le coup, l’aspect « psychose » passe un peu au second plan et Senua’s Saga: Hellblade II se loupe aussi sur ce point, selon moi. Le sujet reste passionnant, mais malheureusement entaché par une écriture pompeuse. Le titre joue sur l’aspect « c’est dans ma tête ou c’est réel ? » et prend cependant le temps de l’expliquer dans les premières minutes. Il est réellement difficile d’expliquer comment j’ai vécu cette aventure qui, d’un côté, m’a époustouflé par son côté visuel, mais de l’autre m’a laissé sur ma faim côté narration. D’autant plus que la fin est assez frustrante et ne mène nulle part. Dommage, vraiment.

Senua’s Saga: Hellblade II n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains. Toutefois, l’aspect nextgen du titre peut offrir une belle expérience. Je pense qu’il ne faut pas voir ce jeu comme autre chose qu’une démo technique et une vitrine pour le Game Pass. Il pourra surprendre certains joueurs sur bien des points, mais cela n’a malheureusement pas fonctionné sur moi.