L’intelligence artificielle a profondément modifié les pratiques de production de contenu, en particulier dans l’e-commerce. Automatiser la rédaction de fiches produits permet, sur le papier, de gagner un temps considérable, de réduire les coûts et de publier à grande échelle. Pour un entrepreneur sous pression financière, la promesse est séduisante. Pourtant, remplacer totalement des rédacteurs humains par une machine reste une approche risquée. L’IA peut assister, accélérer, structurer, mais elle ne réfléchit pas comme un humain, et surtout, elle ne comprend pas les enjeux business, marketing et clients derrière un produit.
Les sites automatisés : une stratégie déjà vue et déjà testée
Ce type de stratégie n’est pas nouvelle. Je vois régulièrement passer sur Black Hat World des webmasters qui expliquent comment ils ont monté des sites presque entièrement automatisés. Génération de contenu, maillage interne, parfois même netlinking, tout est pensé pour réduire l’intervention humaine au strict minimum. Pendant un temps, les résultats sont là. Le trafic monte, les positions suivent, et certains pensent avoir trouvé la formule magique.
Mais l’histoire se répète toujours de la même façon. Après quelques mois ou une année, le site commence à perdre des positions. Les pages déclinent une à une, le trafic s’effondre, et le projet devient non rentable. Dans le Black Hat, c’est souvent assumé. On bourre, on tombe, on recommence. On considère le site comme jetable. Le problème, c’est quand cette logique est appliquée à une entreprise réelle, avec des charges, des clients et une dépendance totale au trafic organique.
L’IA est un outil, pas un rédacteur
L’erreur fondamentale consiste à considérer l’IA comme un rédacteur autonome. En réalité, de nombreux rédacteurs professionnels utilisent déjà l’IA, mais comme un assistant. Elle aide à structurer une idée, à reformuler, à gagner du temps sur des tâches répétitives. L’expertise, la vision éditoriale et la compréhension des intentions de recherche restent humaines.
Avoir la main sur toute la chaîne de production de rédaction est essentiel. Cela signifie comprendre pourquoi un contenu est écrit, à qui il s’adresse, quel problème il résout et comment il s’inscrit dans une stratégie globale. Une IA ne fait qu’exécuter. Elle ne décide pas. Elle ne hiérarchise pas les priorités business. Elle ne peut pas garantir la cohérence éditoriale sur le long terme sans supervision humaine.
Un client sans moyens et une mauvaise décision
Le client dont il est question ici n’avait pas beaucoup de moyens. Il sous-traitait jusque-là la rédaction de ses fiches produits, ce qui représentait un coût important pour une petite structure. Face à cette contrainte financière, il a pris la décision d’automatiser entièrement la création de ses fiches produits avec ChatGPT. Pendant plusieurs mois, tout semblait fonctionner. Le site continuait à se positionner, le trafic progressait même légèrement, et les ventes suivaient.
Cette situation a duré un peu moins d’un an. Puis, progressivement, les positions ont commencé à chuter. D’abord sur les mots clés secondaires, puis sur les requêtes principales. Le chiffre d’affaires a baissé, les coûts fixes sont restés les mêmes, et aujourd’hui, le client n’a plus d’autre choix que de fermer son entreprise.
Des fiches produits sans valeur ajoutée réelle
La première raison de cet échec est simple. Les fiches produits n’apportaient aucune valeur ajoutée. Les informations présentes étaient disponibles ailleurs, souvent mot pour mot, sur des sites concurrents, des marketplaces ou des fiches fabricants. Rien ne permettait de distinguer ce site des autres, surtout face à des acteurs plus installés, avec une notoriété et une autorité bien supérieures.
Ces fiches se contentaient de décrire des caractéristiques techniques, de reformuler des spécifications et d’aligner des mots clés. Elles n’expliquaient pas pourquoi le produit était pertinent pour un usage précis, dans quel contexte il faisait la différence, ni quels problèmes concrets il permettait de résoudre. Or, c’est précisément là que se joue la valeur d’un contenu.
La limite de la compréhension machine face aux besoins humains
Un humain comprend les besoins clients parce qu’il peut se projeter. Il peut anticiper les questions, les freins, les objections. Il peut comparer avec des produits concurrents, évoquer des usages réels, des retours terrain, des cas concrets. L’IA, elle, n’a jamais utilisé le produit. Elle n’a pas d’expérience, pas de ressenti, pas de compréhension fine des attentes implicites.
Résultat, les fiches produites étaient plates, interchangeables, sans profondeur. Elles mettaient des mots sur des spécifications, mais sans intention réelle. À long terme, ce type de contenu n’apporte rien aux utilisateurs, et donc rien aux moteurs de recherche non plus.
Garder des humains dans la boucle pour éviter l’échec
Pour éviter de tomber dans le même piège que ce client, il est indispensable de garder des humains dans la boucle. Une IA peut intégrer des mots clés, respecter une structure, produire un volume important de texte. En revanche, elle ne comprend pas réellement ce que fait un produit, elle ne connaît pas ses concurrents, elle n’a jamais comparé deux références sur le terrain.
La seule chose qu’une IA peut faire, c’est produire une forme de poésie à partir d’une liste de spécifications. Cela peut suffire à court terme, mais jamais sur la durée. Sans regard humain, sans expertise métier, le contenu devient rapidement creux et sans intérêt réel.
L’importance d’une ligne éditoriale forte et différenciante
Un autre point clé réside dans la ligne éditoriale. Avoir un ton identifiable, des valeurs claires, une manière de s’adresser aux clients qui font la différence est fondamental. C’est ce qui permet de créer une relation de confiance, de se démarquer dans un univers concurrentiel et de construire une marque sur le long terme.
Aujourd’hui, une IA n’est pas capable de gérer cette subtilité sans pilotage humain. Elle peut imiter un style, mais pas incarner une vision. Elle ne peut pas comprendre les enjeux émotionnels, culturels ou stratégiques qui se cachent derrière un choix éditorial. C’est précisément là que le rôle du rédacteur reste central.
Automatiser sans comprendre mène à l’impasse
L’automatisation totale de la rédaction peut sembler séduisante, surtout quand les moyens sont limités. Pourtant, ce retour d’expérience montre clairement les limites de cette approche. L’IA est un outil puissant, mais mal utilisée, elle devient un facteur de fragilité. Sans valeur ajoutée, sans compréhension des besoins clients et sans ligne éditoriale forte, un site finit par s’effondrer. Pour durer, il faut accepter que la technologie assiste l’humain, mais ne le remplace pas.
